










A côté du Guignol à Lyon et de Charleville-Mézières qui est curieusement la Mecque mondiale de la marionnette (avec un institut et un festival triennal rassemblant 500 troupes et 120 000 spectateurs), le TMB a réussi à faire de l’Aire urbaine un lieu de passage incontournable pour les amateurs du genre : 200 spectacles de marionnettes sont donnés chaque année dans un rayon de 20 km (dont une centaine au TMB) – une densité unique en France !
Partir de rien…Il y a 30 ans, il n’y avait dans les environs, pour ainsi dire,… rien. Jean-Paul Lang, belfortain pur jus, faisait alors de la mécanique auto. A la question « Comment devient-on marionnettiste ? », la première réponse est un peu brutale : on ne le devient plus. Les circuits culturels ne permettent plus à un jeune de débuter dans le métier et d’en vivre… A l’époque par contre, Jean-Paul Lang eut une sorte de révélation dans un supermarché (!) devant un castelet de marionnettes. Puis, de fil en aiguille, d’écoles en MJC, de centres aérés en centres culturels, il s’est formé aux subtilités d’une discipline particulièrement complète.
Des premiers mots d’une histoire à inventer (ou à réinventer pour les classiques - Pierre et le Loup, les 3 petits cochons,…) jusqu’à la manipulation des marionnettes qu’il aura fallu concevoir en anticipant les effets de scène espérés, c’est un travail de création total, magicien de la matière brute et du mouvement, à la fois artisanal, scénaristique, théâtral dans l’âme, qui devient aussi parfois un « cimetière à bonnes idées » pour que tous les éléments se tiennent.
La conception des décors, des éclairages, de la bande son font tout autant partie du savoir-faire de la troupe, sans même parler des relations publiques : quand le spectacle est prêt, il s’agit de le vendre. La Compagnie est bien aidée dans toutes ces étapes par un réseau constitué au fil des années qui s’étend très loin vers l’est de l’Europe (Natalia vient d’Ukraine). Il n’empêche : il faut compter un an au minimum entre l’idée et la première représentation d’un spectacle !
La Cie Une Poignée d’images, à la différence de certaines de ses homologues, s’est efforcée de ne pas s’enfermer dans un style particulier. Toutes les techniques de manipulation sont utilisées (fils, tringles, gaines, ombres, baguettes objets) en fonction des besoins de la création pour le plus grand bénéfice de la narration visuelle. La vidéo ci-dessous donne un bon aperçu de la variété des effets employés.
Extrait du spectacle Les Trois petits Cochons, une adaptation… très libre du célèbre conte (Public à partir de 3 ans)
La pédagogie est également au cœur de la création : les ressorts des différentes émotions sont différents selon les tranches d’âges. C’est un lieu commun, mais le moindre détail doit être pensé dans ce sens. Surtout que le théâtre de marionnettes est souvent catalogué « jeune public » (à partir de 2-3 ans). Non que les adultes n’aient pas droit aux marionnettes, mais par la force des choses, les 9/10 des séances sont destinées aux enfants. Au passage, il y a là un bel observatoire de l’évolution des mentalités, en particulier de la difficulté à faire rêver les jeunes à l’heure du tout-image sur fond de violence latente. Un fait est assez révélateur : l’apparition du loup ne fait plus peur alors qu’il terrifiait les gamins il y a encore 20 ans ! Le théâtre de marionnettes s’efforce dans une courte parenthèse de réenchanter le monde.
En tous cas, il en faudrait plus pour entamer la passion dévorante de la Cie Une Poignée d’images. Les spectacles n’en sont que plus beaux et sophistiqués pour suivre les tendances et la sociologie du public. Sans explication complètement satisfaisante, le succès est survenu il y a 4 ou 5 ans et s’est amplifié depuis. Attention : il n’en a pas toujours été ainsi. Dans sa déjà longue histoire (25 ans), la compagnie a joué bien souvent devant des salles vides. Le découragement a failli l’emporter bien des fois.
La chance ici, est d’avoir rencontré rapidement le soutien sans faille de la ville de Belfort. D’abord pour créer le festival « Solstice de la marionnette » en 1984, puis, beaucoup plus tard en 1996, en confiant à la Compagnie l’animation du TMB aménagé dans les murs d’un ancien temple protestant. Dans son ventre se cache désormais des centaines de magnifiques marionnettes récupérées au gré des voyages, des dons, des spectacles, qui permettent de proposer aux structures qui le souhaitent des expositions « clé en main » ou une sorte de concept « animation marionnette intégrale » (expo + initiation/découverte dans les écoles + spectacle).
Pour le reste, la vie du TMB est traversée par quelques paradoxes surprenants dont le moindre n’est pas d’avoir un taux de remplissage frisant le 100 % (10 000 spectateurs par an dans une salle de 100 places) sans que les revenus générés suffisent à faire vivre la Compagnie qui l’occupe. D’où les incessantes représentations à l’extérieur et les créations annuelles pour susciter sans cesse l’intérêt. Jean-Paul Lang met en regard le financement public relativement réduit dont il dispose (50 à 60 000 € / an) avec les fonds absorbés par les grosses structures qui ne touchent pas nécessairement un public beaucoup plus large… Il évoque également la vogue des manifestations gratuites que proposent moult collectivités et qui déstabilisent en retour l’économie des petites salles payantes.
Une autre évolution plus positive : tandis que les très jeunes sont peut-être un peu moins sensibles aux charmes des figurines animées, les adolescents y reviennent et s’intéressent aux techniques déployées : comme une sorte de retour aux sources. Même chose chez le public adulte qui laisse espérer plus de spectacles conçus pour les plus de 10 ans. L’idée du TMB serait peut-être de créer un week-end de la marionnette contemporaine mêlant les arts (danse, graphisme, vidéo et naturellement marionnettes) avec des stages à la clé.
Jean-Paul Lang reste prudent, toujours un peu inquiet à l’idée que ça pourrait ne plus marcher. Pourtant l’agenda est plein pour plusieurs mois (« actuellement, c’est la folie »). Réservez bien l’avance pour avoir une place. Le Solstice d’Hiver remplira une fois encore le théâtre du 20 février au 8 mars…
Le TMB a semble-t-il encore de beaux jours devant lui !
Abonnements :
Tarif normal : 9/7 € (Adulte/enfant)
Famille nombreuse : 6/5 €
5 spectacles : 35 / 25 €
Site internet : http://jeanpaul.lang.free.fr/
Credit photo : Cie Une poignée d'images
Article publié le 26/11/2008