










Il y avait l’Axone, il y aura l’Accent. L’un fait dans le gigantisme de ses 5 800 places, le second occupera bientôt une place souvent négligée dans le travail de proximité et la mise à disposition de locaux de répétition. En effet, dans la maisonnette jusqu’ici partiellement occupée par la Compagnie des Bains Douches, la ville de Montbéliard a donné son feu vert au projet de Gakokoé. A savoir l’aménagement d’une salle adéquate pour accueillir du public et surtout donner aux artistes l’espace nécessaire à la création de leurs œuvres, pièces de théâtre et autres idées renversantes. Les travaux commenceront dès que la ville aura résorbé les derniers dégâts de la grêle de juin 2010.

Photo : à gauche, l'Accent avant travaux, à droite les Bains Douches en plein travaux.
Cette installation avec pignon sur rue devra se conjuguer avec les fondements de la compagnie : un élan vers un public qui ne se sent pas toujours concerné par la culture « officielle ». La proximité est ldonc e maître mot, et pour l’assurer, rien de tel que qu’une forme de transhumance entre les quartiers !
Depuis la fondation de la compagnie en 1998 par Marcel Djondo – une figure haute en couleur du paysage local – Gakokoé a développé un vrai savoir-faire en matière de projets participatifs à connotation artistique.
L’adjectif « participatif » apparaît parfois comme une tarte à la crème du vocabulaire de nos sociétés contemporaines. Pourtant, il ne se décrète pas et correspond à un long travail de terrain, pour ne pas dire de fourmi, appuyé sur des réseaux associatifs et sociaux dont la constitution est le fruit de l’expérience, de l’apprentissage et du respect mutuels. Cela suppose aussi de ne pas débarquer avec des projets déjà tout ficelés : chacun doit trouver sa place dans une dynamique collective.
Les Contes de vies ordinaires ont ainsi beaucoup marqué la jeune histoire de la Compagnie : l’idée était d’aller à la rencontre des rêves et espoirs des gens, puis d’investir les sous-sols délaissés des tours d’immeubles avec les histoires collectées auprès des habitants. 5 contes en ont découlé, joués dans plusieurs caves aménagées pour l’occasion, tandis que le public était guidé de l’une à l’autre par des « passeurs » recrutés localement. Beaucoup de ces derniers ont par la suite renforcé les rangs de la compagnie.
La résidence d’artiste de Caroline Castelli à Grand Charmont l’an passé était dans la même veine : elle a collecté les histoires dans des ateliers de femmes issues de différents horizons avant de les amener à les raconter elles-mêmes dans un spectacle inséré à la Fête mondiale du Conte.
Cette dernière manifestation, fixée officiellement au 20 mars a beaucoup contribué à la notoriété locale de Gakokoé. Sur une suggestion de Rogo Fiangor, tête de pont de la Compagnie à Paris, Gakokoé organise chaque année depuis 5 ans sa déclinaison montbéliardaise (17 au 20/03 pour l'édition 2011). Pendant quelques jours, plusieurs dizaines de spectacles de contes se déroulent dans toute l’Aire urbaine (bibliothèque, lieux publics, etc.). A noter notamment un « Mara-Conte » le samedi après-midi sur la Place Saint Martin à Montbéliard (contes en continu de 10h à 18h avec plusieurs conteurs) et un Safari-Conte (ballade contée dans Montbéliard) le dimanche.
Le conte se présente alors comme une forme d’expression très adaptée dans sa simplicité formelle et la profondeur des messages pour toucher une large gamme de spectateurs. Ouverture sur le monde et interculturalité sont au programme.
Pour assurer l’organisation d’un évènement tel que la Fête mondiale du Conte tout en veillant à sa dimension humaine et amicale, une vingtaine de bénévoles se joint au « noyau dur » de la compagnie composé essentiellement du conseil d’administration et de 5 intervenants réguliers.
Mais aucun n’est permanent : que des contrats d’intermittents. Cette curiosité correspond autant à l’esprit de mission de la compagnie (1 création = 1 équipe) qu’aux réalités des subventions publiques qui ne financent plus de fonctionnement. Dans l’ensemble, Gakokoé se dit malgré tout bien suivie par la Ville, Pays de Montbéliard Agglomération, le Conseil général du Doubs, la Région et les fonds de la politique de la ville.
Et encore beaucoup d’idéesPour la suite, Gakokoé ne manque ni de souffle, ni de projets. A côté des ateliers réguliers de théâtre (enfants, ado, adultes), la fin des travaux de l’Accent permettra de donner vie à plusieurs évènements mitonnés en direct. Un Samuthéâtre avec une dizaine de comédiens appelés par téléphone à la rescousse des citoyens en manque de comédies. Théâtral’Eté qui a l’ambition de faire d’une petite commune le centre de l’agglomération l’espace d’un week-end.
Et aussi une participation à un projet international particulièrement ample sur les traces du commerce triangulaire : à partir de l’ouvrage Esclaves (Ed. JC Lattes, 2009), de Kangni Alem, écrivain et chercheur togolais, le projet se propose de retracer la route de l’esclavage à l’époque moderne depuis la France jusqu’au Brésil en passant par l’Afrique. Le montage est en cours et devrait faire appel à des fonds nationaux importants.
On entendra donc encore beaucoup parler de Gakokoé dans les mois à venir. Prochain rendez-vous mi-mars avec la Fête mondiale du Conte.
En savoir plus : http://gakokoe.com
Crédit photo : Gakokoé/SMAU
Article publié le 02/03/11