











Photo de droite : "Nous sommes des gens normaux" lui dit le clown.
Tous les 2 ans, les clowns de la Chiffogne se rappellent au bon souvenir de la quiète ville de Montbéliard lors du festival du Nez Rouge. Non pas que le reste du temps l’association soit en sommeil, au contraire ! Mais lors de ces 4 jours de mai, les clowns sont partout.
Dès jeudi en lever de rideau du festival, comme un manifeste de la clownerie, la compagnie Scèn’Art fait apparaître la tête d’un clown sur un paysage bucolique (photos ci-dessous). Et pas n’importe laquelle : celle du Broc’, par ailleurs président de l’association, et dont on a pu apprécier les talents dans les intermèdes de la Nuit du Clown du samedi à l’Allan.

La « Nuit du clown » ? Vous ne connaissez pas cette compétition clownesque internationale qui récompense les meilleurs numéros parmi une dizaine de troupes invitées ? Le palmarès est éloquent : le jury officiel a choisi les acrobaties spectaculaires et hilarantes de Gaston et Lulu (Cie King Size) alors que le public, appelé à voter, a préféré le dévoilement des « forces de l’esprit » de Francesco et Polonius (Cie King Clown). Les plumes de Pirgo ont eu l’heur de plaire aux enfants, et la ville a récompensé l’incroyable bricolage de Marcel (Cie Bleus de travail) à destination des petites filles.
Entre-temps, il y a encore eu la parade de samedi au centre-ville, les spectacles pro à l’Allan et pour finir, le lâcher de clown le dimanche. Le tout baigné par un soleil aussi radieux que l’étaient les visages des spectateurs.
Etrange comme la figure du clown est à la fois familière et mystérieuse. Elle est associée au cirque mais ses adeptes revendiquent un terrain de jeu beaucoup plus vaste : le rire et le décalage de la clownerie en toutes circonstances.
D’où l’idée qui s’est imposée progressivement dans les années 80 à des amis de la Chiffogne de créer une école de clown indépendante. Structure relativement unique en son genre, au moins dans le Grand Est, Montbéliard peut ainsi se targuer d’être un haut lieu de la clownerie amateure.
« Découvrez le clown qui est en vous » est un peu le slogan de l’association. Car votre clown peut endosser une palette infinie de personnalités : celui qui rit, celui qui pleure, celui qui cause et l’autre qui se tait, le clown mesquin, le généreux, le dragueur invétéré et son pendant trop timide, chacun désarçonne le public à sa manière. Tout cela derrière l’emblématique nez rouge, sésame indispensable pour passer du côté clownesque de la force. C’en serait presque schizophrénique tant l’écart est grand entre la personne « normale », avec un métier banal (il y a même un militaire à la Chiffogne), et le personnage clownesque qui l’habite entièrement une fois le costume endossé. Et ce personnage vit sa propre vie : il évolue au cours du temps ; avec d’autres clowns, il se créé des amitiés purement clownesques. 2 univers différents, 2 vies !

Photo : au Près la Rose, le clown s'amuse avec le chapeau et les lunettes du rédacteur (vaguement inquiet) de cet article.
Quant au spectateur, d’abord interloqué, il se prête au jeu de bonne grâce en se demandant bien ce qui va lui arriver. Et la bonne humeur l’emporte, les sourires éclairent les figures. Mélange de loufoquerie, d’improvisation et de bonne humeur, jamais vraiment méchant, maniant le ridicule de situation et révélateur d’une certaine complexité des choses, le clown transcende le quotidien et s’adresse à tous les publics.
Les clowns de la Chiffogne se sont d’ailleurs fait une spécialité d’intervenir partout où leur présence est sollicitée : maisons de retraites, hôpital, écoles, CE Peugeot… Avec une quarantaine de sorties par an, l’association tourne à plein régime et couvre quasiment tous ses frais de fonctionnement par le produit de ses prestations.
Le principe est que les apprentis clowns bénéficient quasi-gratuitement des ateliers hebdomadaires et des stages contre une participation régulière aux animations, la boucle étant bouclée par la pratique. Une vingtaine de clowns assurent ainsi toute l’année. Il y a même un atelier « clownet » (enfant à partir de 7 ans). Et pour le Festival, c'est le ban et l'arrière-ban des adhérents qui fournit la (nombreuse) main-d'oeuvre à une telle organisation...
Un art à découvrir donc, voire même à pratiquer dans l’Aire urbaine, le tout étant de se lancer ! Laissez-vous mener par le bout du nez...
Pour en savoir plus sur l’association et les formations :
www.clownsdelachiffogne.com
Article publié le 13/05/2011