










Pour atteindre le Noirmont, 1 700 habitants, il faut s’aventurer très loin dans les Franches-Montagnes. A l’arrivée, le service de parking exploite le moindre mètre carré du bourg pour caser les files de voitures. On sent que les habitants du cru font une large place aux invités qui honorent le rendez-vous annuel. Et puis l’organisation emploie une armée de bénévoles locaux qui se révèle impeccable sur tout le week-end.
Avant même d’accéder au site, l’esprit suisse frappe fort : le cheminement piéton passe par la gare. Le train régional est donc le plus sûr et le plus court moyen de venir au Chant du Gros. Une leçon à méditer côté français !
L’entrée est assez onéreuse, surtout au cours actuel du Franc suisse : 49 CH la journée ou 130 CH les 3 jours, mais cela reste raisonnable pour une soirée potentielle de 7-8 concerts. A noter que, sur le site, la seule monnaie en cours est le « louis » qui se présente sous la forme de petits cartons. Ce qui a le don de faciliter les encaissements.
Photo : la voie ferrée sous laquelle passent
les festivaliers et derrière le festival
Curieusement, les 3 jours courent du jeudi au samedi. L’avantage est de laisser le dimanche pour se remettre de ses émotions. Mais nombre de travailleurs en sont quitte pour prendre une journée de congé ou pour tirer sur la corde le vendredi.
D’où viennent-ils, ces 7 à 10 000 festivaliers chaque jour ? Apparemment surtout de Suisse romande si l'on en croit l’accent dominant. La moyenne d’âge est très jeune, mais comme aux Eurocks, les plus de 40 ans ne boudent pas leur plaisir.
Reste que le Festival adopte un ton très « djeuns » qui ne se prend pas au sérieux et c’est un vrai plaisir. Par exemple, sur les programmes, vous ne trouverez pas de commentaires extra-pointus sur la provenance ou l’intérêt de tel et tel groupe. Ce sera plutôt : « la base du sommet des fondations du grenier du rap français pour une explosion old school à la sauce hexagonale, point. » (Akhénaton et Faf la Rage). Place donc à la curée musicale pure !

Photo : la Sainte Scène depuis la tribune VIP
Le site lui-même est un grand village de tentes et de chapiteaux. Toutes les scènes sont intégralement couvertes. Il est vrai qu’à presque 1 000 m d’altitude et à une saison où la météo peut réserver des surprises, mieux vaut pouvoir s’abriter. Même à guichet fermé le vendredi, la foule n’est pas tellement dense et on accède sans problème aux 4 scènes qui portent des noms évocateurs : Sainte Scène, Scène Déménage, P’tit du gros et Scène Fan Club. Sur la première d’entre elles, la vue de la terrasse VIP / handicapés est imprenable !
A la nuit, le Festival réserve des recoins chaleureux auprès du feu, d’autant que pour ses 20 ans, le Chant du Gros s’est offert ¼ d’heure de feux d’artifice dont le final était très réussi. Et le lendemain, c'était des jongleurs de feu qui peuplaient les allées.

Photos : feu de camp et jongleur de feu
Pour parler un peu concert – tout de même – voici pour le programme du jeudi où il n’y avait vraiment rien à jeter.
Petite mise en bouche avec Poison Heidi, groupe qui assume des costumes de scènes très chamarrés.
Au même moment sur la Scène Déménage, Melissmell s’égosille puissamment, mêlant textes poétiques sur fond de rock survolté. La chanteuse est vraiment épatante.
Arrive ensuite sur la Sainte Scène un Louis Bertignac au somment de son art (photo droite). 2 titres caractérisent le personnage : « Vas-y Guitare » et « Grizzly ». Mais alors un grizzly immédiatement sympathique avec une tignasse blanche qu’il agite de droite à gauche en balançant des solos enflammés dont il a le secret. Après les nouveautés très rock de son nouvel album, les reprises de Téléphone achèvent de faire monter la température.
Le phénomène Brigitte, ambiance rétro et musique classieuse, se produit ensuite. Les 2 filles jouent les sirènes dans des robes argentées. Le style est délicieusement décalé, sensuel, très féminin, y compris sur une reprise de la Benz’ de NTM (sic !), mais il y a aussi du rythme et du punch quand il en faut. Il semble cependant que ça ne suffise pas tout à fait à capter un public assez dissipé.
Changement de calibre avec Ben l’Oncle Soul et 8 acteurs sur scène. C’est du gros show, chorégraphié à l’ancienne (surtout en ce qui concerne les 2 choristes masculins qui se démantibulent). De la soul, du mouvement, essentiellement en anglais. Ça vaut le détour.
Voilà la grosse bonne surprise de la soirée. Mis à part un nom de scène qui gagnerait à la concision, ces jeunes-là ont tout pour eux : « Lilly Wood & the Prick » (photo gauche). Ils ont remporté la Victoire de la Musique, « révélation scène » 2010 et on comprend pourquoi. Ils ont une patate d’enfer et leur chanteuse est scotchante. Ses vocalises rappellent Amy Whinehouse avec l’énergie en plus. L’ensemble assez éclectique, puisqu’ils se revendiquent « pop folk electro », est au poil, puissant et cohérent. A découvrir en live !
Enfin, Jimmy Cliff entre en scène. Un doute m'assaille : il chante encore ? Il prouve que oui, et avec la manière. D’ailleurs, il va bien au-delà du simple reggae, avec une vraie dimension spirituelle. Quelle présence sur scène ! Quelle émotion dans l’interprétation des chansons nouvelles et anciennes ! Un beau clou de soirée.
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Photo : esplanade intérieure du festival, la Sainte Scène au centre, et la Scène Déménage en arrière plan à droite.
En attendant d’en savoir plus sur la prochaine édition 2012, et en espérant que ces quelques lignes aient donné envie à certains d’aller faire un tour de l’autre côté de la frontière, bon vent au Chant du Gros.
Le site du Festival : www.chantdugros.ch
Crédit illustrations : SMAU / Chant du Gros
Article publié le 14/09/2011