










En réalité, l’espace, qui rappelle selon certains les grandes heures de Berlin ouest, est partagé entre plusieurs structures dont le point de départ est commun : le groupe Cecil’No au début des années 90. Une partie de ses membres fonde une école de musiques amplifiées en 1995 qui s’installe après quelque temps dans la rue des prés et prend le nom d’In Ouïe Cours. L’extension de l’école pour l’enseignement des arts plastiques est dénommée Ces Arts.
Lorsque l’occasion se présente en 2002 de récupérer aussi le bâtiment d’en face, une association se crée pour l’acquérir et le gérer : Alternadiff est née. Quelques mois de travaux réalisés par les bénévoles sont encore nécessaires avant que n’ouvre en mai 2003 le Catering Café, 350 places, beaucoup d’enthousiasme et une vocation de promotion-diffusion de concerts de musique actuelle.
Bénévolat à tout vaD’emblée, la situation de l’association est assez unique : Alternadiff est propriétaire du Catering Café et plus ou moins autogérée. Les subventions ne sont certes pas négligeables à l’échelle d’une association dans une petite ville comme Héricourt (entre 10 et 11 000 € en comptant le renfort du Conseil général et de la Région). Cependant, comparées à ce que reçoit n’importe laquelle des institutions qui diffusent du spectacle vivant professionnel dans l’Aire urbaine, elles sont proches du dérisoire. Soit ! Alternadiff n’est pas là pour se plaindre.
Tout fonctionne sur le principe du bénévolat. Y compris, donc, la technique (lumières et sons), ou la remise aux normes de la salle. On est très proche de l’esprit associatif et désintéressé des années hippies. Quand on vous parle de 5 « permanents » qui font tourner l’association au quotidien, n’entendez pas « salariés ». Il s’agit bien de passionnés qui consacrent une part considérable de leur temps personnel à l’association. Une trentaine de personnes en tout gravitent de près ou de loin autour de ce noyau dur. Imaginez maintenant la multiplicité des tâches : la préparation des concerts et l’accueil du public, la programmation, la communication, la comptabilité et l’administratif, l’entretien des bâtiments,...
Ce mode opératoire permet grosso modo d’équilibrer les cachets avec les entrées payantes (généralement autour de 10-12 €) et de dédier toutes les recettes du bar à la couverture des charges, notamment le remboursement de l’emprunt sur le bâtiment.
Chaleur humaine au menuAlternadiff ne fait donc pas un pont d’or aux groupes qu’elle invite – les négociations sont serrées – mais elle le compense par un je-ne-sais-quoi que d’aucun pourrait croire infiniment plus précieux : la chaleur humaine. Les artistes reçoivent un accueil aux petits oignons, dimension culinaire comprise. Et si les sous se font parfois rares, le Catering Café ne manque pas d’espace. Il faut voir l’immensité de la loge !
L’Aire urbaine en point de mire
Sur le plan "philosophique", l’objectif de l’association est assez classique : démocratiser la culture, toute la culture, avec une programmation éclectique explorant le très large spectre des musiques actuelles. Ajoutez-y la volonté de faire rayonner Héricourt dans l’Aire urbaine et au-delà.
En pratique, le public est aussi varié que les têtes d’affiches et s’élargit au fur et à mesure que la notoriété du Catering Café augmente. De ce côté-là, la participation au Festival Impetus (Lire article sur Impetus) a été un bon point. Le concert des 65daysofstatics, un groupe anglais post-rock, fut de l’avis des organisateurs l’un des meilleurs du festival et il a permis à l’association une incursion saisissante dans une nouvelle dimension : la grande production internationale. A quand une participation à GéNéRiQ ?
D’une façon plus générale, l’effervescence autour de la création du Moloco à Audincourt (lire article à ce sujet), a amené toute l’Aire urbaine des musiques actuelles (Poudrière, Môles, etc.) à se rencontrer et à amorcer la constitution d’un véritable réseau. Le Catering Café a pris le train en marche de cette dynamique.
Pour simplifier, la saison d’Alternadiff pourrait se diviser en 3 temps.
Le temps fort de l’année est incontestablement Décordinaire, « festival alternatif des émergences », gratuit et interdisciplinaire, comme un point d’orgue de la fin de l’été (17 au 19 sept en 2010). Toute la rue des prés vous propose un rendez-vous chaleureux et festif mâtiné de musique, d’arts plastiques, de photos, de théâtre, d’arts de rue… A chaque jour son ambiance : le vendredi rock et électro, le samedi familial et festif, et le dimanche chanson française. La Décoparade du samedi après-midi est une « improcession » déjantée dans les rues de la ville qui pour mission annexe d’amener les héricourtois à s’aventurer dans la rue des prés.
Ensuite d’octobre à juin, c’est la saison proprement dite, programmée par trimestre comme c’est souvent le cas pour ce type de salle : au rythme d’une soirée tous les 15 jours le samedi, le plus souvent en plateau (2 à 4 groupes successifs), avec un savant dosage entre têtes d’affiche et groupes locaux. Selon Alterna.Diff, toutes les formations récentes de l’Aire urbaine seraient passées par le Catering Café. Un tremplin incontournable, donc, pour se faire connaître.
Enfin, vers la fin mai, les élèves d’In Ouïe Cours font une résidence au Catering Café qui débouche sur le Festival Métissé des Musiques Amplifiées en juin.
Ensuite ? C’est reparti pour un tour ! Avec quelques projets en tête conditionnés aux fonds disponibles. Reste à garder l’équilibre, à préserver l’esprit… et peut-être trouver du « sang neuf » dans les rangs bénévoles. A bon entendeur !
Vidéo réalisée par Alternadiff sur le Festival Décordinaire 2009
Le site internet : http://alternadiff.fr
Article publié le 16/09/2010