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Histoire du NEFC


Le Nord Franche-Comté : histoire d’un territoire qui se forge un destin commun

 

Si 3 villes moyennes ont émergé à moins de 15 km de distance, c’est que leur développement ont longtemps suivi des voies divergentes, avant de se synchroniser progressivement dans les dernières décennies. L’Histoire administrative tourmentée de l’Aire urbaine est le reflet d’un territoire de transition qui hésite longtemps entre l’Alsace et la Franche-Comté, avant de s’auto-définir comme un nœud incontournable de l’axe Rhin-Rhône et un bassin industriel de premier ordre pour s’inventer un destin commun.
2 comtés distincts dès le Moyen-âge
Dès le Moyen-Age, le Nord Est Franche-Comté a tendance à s’organiser en 2 seigneuries distinctes autour du comté de Montbéliard et de celui de Ferrette (auquel appartient Belfort), parfois rassemblées par le jeu des alliances et des mariages. Mais il est clair que la Trouée de Belfort au sens géographique du terme est une charnière mouvante où se rejoignent les espaces romands et germaniques, entre Bourgogne, Saint-Empire et Suisse naissante, entrainant conflits et redécoupages.
La situation politique se décante à l’époque moderne : 
 
Le Pays de Montbéliard devient une dépendance du Wurtemberg via le mariage d’Henriette et d’Eberhard IV en 1407, et surtout adopte au XVIème la Réforme (plus précisément le Luthéranisme de son Prince). Devenu une enclave en terre française, il ne quitte le giron germanique que par paliers successifs au cours du XVIIIème siècle. 
Belfort, restée catholique, avec une situation militaire stratégique multiséculaire, rejoint la France dès la fin de la Guerre de 30 ans (1618-1648). Les 2 centres villes historiques ont gardé les traces de cette dissociation : à Montbéliard, le bourg commerçant déployant ses rues sinueuses au pied du Château des princes allemands, entre les halles et le plus vieux temple de France ; pour Belfort, la cathédrale et le cordeau de l’urbanisme militaire entourés par les fortifications Vauban et dominés par la citadelle. 
Un marqueur fort imprègne cependant le territoire dès le XVIIème siècle à savoir son industrialisation précoce appuyée sur les ressources locales que sont la force hydraulique des cours d’eau, les minerais (argent, fer,…) et le bois de chauffe des forêts pour les forges et les moulins. En témoigne de nombreux toponymes et le site des Forges de Grandvillars en activité depuis 1680. A la fin du XVIIIème, l’horlogerie constitue le point de départ des principales aventures industrielles locales (Japy puis Peugeot).
Les tâtonnements de la Révolution 
La Révolution française met un terme à l'existence de la principauté montbéliardaise (annexion sans heurts le 10 octobre 1793, qui n’est reconnue par le Prince de Wurtemberg qu’en 1797), mais peine à fixer les nouvelles limites administratives du Nord Est Franche-Comté, au carrefour des départements du Doubs, de la Haute-Saône, du Haut-Rhin et de la Suisse ralliée à la France.
Dès la fin 1793, le « district » de Montbéliard, divisé en 3 cantons, est rattaché à la Haute-Saône, duquel il est soustrait en 1797 pour être incorporé à l’éphémère département du Mont terrible centré autour de l’actuel Jura suisse jusqu’à Bienne. 
 
Le Mont Terrible est sitôt supprimé en 1800 et découpé en 2 arrondissements rattachés au Haut-Rhin - Montbéliard rejoignant ainsi Belfort, chef-lieu d’un 3ème arrondissement de ce département ! 
Pour sa part, Héricourt, quoique très liée au Pays de Montbéliard, était incorporée à la Franche-Comté française dès 1680, ce qui lui vaut ensuite d’être rattachée directement à la Haute-Saône en 1790 - appartenance jamais remise en cause depuis.
La fin du cycle révolutionnaire en 1815 rebat une dernière fois les cartes : le Doubs récupère le Pays de Montbéliard, et la Suisse fixe définitivement ses frontières actuelles. En tout et pour tout, Montbéliard et Belfort auront donc été 15 ans dans un même ensemble départemental. 
Le jeu de composition et de recomposition, indécis pendant 25 ans, accouche finalement de frontières départementales très stables qui perdurent jusqu’à aujourd’hui, sans pour autant lever les doutes sur leur pertinence. Dans un sens comme dans l’autre, ces limites auraient aussi bien pu rassembler les cantons concernés plutôt que de les séparer en 3 tiers. 
Les 2 siècles suivants consisteront pour les 3 principales agglomérations du NEFC à tenter de recentrer leur territoire sur elles-mêmes plutôt que de s’accommoder de la position périphérique subie dans leurs départements respectifs. Des circonstances historiques dramatiques en donneront l’occasion à Belfort plus tôt que les autres. Mais cette volonté et cette nécessité de compter sur ses propres ressources relativement à l’écart des centres de décisions de la République constitueront, avec les caractéristiques industrielles, le ciment de l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt. 
Un département qui n’en n’a pas le nom
En 1871, l’arrondissement de Belfort doit à la résistance héroïque opposée aux troupes prussiennes d’échapper à l’annexion des 2 départements alsaciens. Un rattachement au Doubs ou à la Haute-Saône serait revenu à admettre symboliquement la perte définitive de l’Alsace-Lorraine. Le Territoire de Belfort, désigné comme « arrondissement subsistant du Haut-Rhin », est donc géré par un « administrateur faisant fonction de Préfet » (la Préfecture est d’ailleurs inaugurée en 1902) et une « commission départementale » de 4 puis 9 membres faisant office de conseil général.
C’est l’époque où la grande industrie décolle, transformant la typologie urbaine, et permettant au Pays de Montbéliard, sous l’impulsion des familles Peugeot et Japy, de fusionner petit à petit les noyaux urbains distincts qui le composaient. De son côté, Belfort bénéficie de son prestige patriotique et des capitaux alsaciens expatriés à l’image de la SACM (Société Alsacienne de Constructions Mécaniques), future Alst(h)om. A Héricourt, l’essor est assuré par les manufactures textiles qui représentent jusqu’à 2400 ouvriers. La présence militaire est très prégnante pour défendre la frontière toute proche : sous la houlette du Général Serré de Rivière, les hauteurs de Montbéliard, d’Héricourt et surtout de Belfort se hérissent de forts… qui n’auront jamais l’heur de servir réellement, car la ligne de front est nettement plus à l’est en 1914-1918, et ils sont obsolètes à la veille de la 2nde guerre mondiale. 
Le Territoire de Belfort officialisé dans ses contours historiques
Le retour de l’Alsace à l’issue de la 1ère guerre mondiale contraint à clarifier la situation du Territoire de Belfort qui obtient officiellement son statut de département le 11 mars 1922. A plusieurs reprises, avant et après la 2nde guerre mondiale, et jusqu’en 1982, est posée l’hypothèse d’une extension du département vers l’ouest, incluant tout le Nord-Est Franche-Comté, et sont même évoquées les termes de « Montbélcourt », ou « Belmontcourt ». Toutes échouent. Cependant, les textes législatifs portant sur les Régions de 1960 et 1982 intègrent définitivement le Territoire de Belfort dans la Région Franche-Comté.
Les 1ères discussions
Ainsi, après la 2ème guerre mondiale, le Territoire de Belfort, le Pays de Montbéliard et l’Est de la Haute-Saône, convergent inéluctablement. Les dossiers communs comme les premiers impacts de la désindustrialisation et de la démilitarisation, ou la poursuite du désenclavement par les infrastructures de transport (A36, grand canal puis LGV), forgent une envie de travailler conjointement qui se manifeste dès les années 60 : en 1969 est par exemple créée entre élus l’Association d’Etudes pour l’Aménagement de l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard.
De son côté, l’Etat prend également conscience de l’entité Nord Est Franche-Comté et entreprend entre 1970 et 1975 la réalisation d’un Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU) qui englobe le cœur dense de l’Aire urbaine. Cette tentative achoppe sur un dépôt de missiles nucléaires à Bourogne, mais produit le 1er Livre Blanc de l’Aire urbaine (remis à jour en 2000 et 2007). Des projections, pourtant très prudemment introduites, prévoient 500 000 habitants dans l’Aire urbaine au début des années 2000…
Les discussions se prolongent néanmoins dans la 2ème moitié des années 70 avec la Commission Locale d’Aménagement et d’Urbanisme associant les élus et les services de l’Etat.
 
Création de l’Aire urbaine : l’ère des pères fondateurs
La volonté collective portée par les élus locaux, parmi lesquels Jean-Pierre CHEVENEMENT, André LANG, Guy BECHE, Jean-Pierre MICHEL et Christian PROUST, se concrétise en 1984 avec la Charte d’Héricourt et l’adhésion à l’Association Aire urbaine 2000 de 5 collectivités fondatrices : les Villes de Belfort, Montbéliard, et Héricourt, le District urbain du Pays de Montbéliard (devenu Pays de Montbéliard Agglomération) et le Conseil général du Territoire de Belfort.
Le crédo de l’époque est : « Ensemble, nous pouvons plus que séparément ». L’association est une structure de coopération souple qui permet de porter les projets et les débats à une nouvelle échelle : l’Aire urbaine. 
De nombreux succès sont à mettre au crédit de l’association : obtention des crédits FEDER, éligibilité à la PAT (Prime d’Aménagement du Territoire), essor universitaire, LGV Rhin-Rhône et d’autres projets dont les noms ont été oubliés mais qui ont préparé les coopérations futures (Triade, Télédis, PACT, Atmosphère…). Sans cet espace de concertation, au rôle assumé de lobby, l’Aire urbaine aurait certainement connu un déclin fatal, à l’image de tant d’autres bassins industriels ou miniers en France.
L’émergence d’un bassin de vie et des « utopies concrètes »
Projection principalement politique et planificatrice au départ, l’Aire urbaine s’ancre dans la réalité quotidienne au tournant du millénaire. C’est là qu’apparaissent les projets qui lient fonctionnellement des acteurs qui ne sont plus uniquement des collectivités locales, tels le Centre Hospitalier Belfort-Montbéliard, l’Université de Technologie Belfort-Montbéliard, la Gare TGV, le Pôle de compétitivité Véhicule du futur, Numérica, Aire Urbaine Investissement, les éditions Aire urbaine de France Bleue et de la PQR, les associations d’envergure Aire urbaine…
Il devient aussi de plus en plus évident que les cycles économiques dans les 3 composantes territoriales sont corrélés, tandis que les habitants et les entreprises prennent l’habitude de profiter d’une offre territoriale élargie à l'ensemble du bassin de vie.  
Le Pays fait naitre l’Aire urbaine actuelle
En réponse aux besoins de plus en plus opérationnels qui se font jour et à la faveur de la loi LOADDT (1998) qui introduit la notion de "Pays", l'association évolue en 2002 vers une structure à statut public plus intégrée : le Syndicat mixte de l'Aire urbaine (SMAU) est né sous la présidence de Christian PROUST puis de Yves ACKERMANN. Par la même occasion, le partenariat est élargi à 5 nouvelles collectivités (les Conseils généraux du Doubs et de la Haute-Saône, la Communauté de l'Agglomération Belfortaine, les communautés de Communes du Pays d'Héricourt et du Sud Territoire). Les contours officiels du territoire font l’objet de quelques ajustements, le secteur Rahin et Chérimont rejoignant finalement les Vosges Saonoises tandis que le secteur de Pont-de-Roide s’arrime à l’Aire urbaine. Ce périmètre n’a plus guère changé depuis.
L’évolution de la gouvernance vers une structure publique est un signal fort de l’émergence de l’Aire urbaine en tant qu’espace de projets. La Charte de Pays s’en est faite l’écho suite à une intense concertation rassemblant plus de 300 acteurs de toutes origines. D’autre part, l’élargissement du périmètre géographique d’intervention aux territoires périphériques a replacé l’approche publique des collectivités dans un cadre plus cohérent et plus global, ce que traduit la devise « une ambition partagée au service d’un territoire d’excellence ». Enfin, l’évolution vers une structure publique permet également le portage collectif sous maitrise d’ouvrage du SMAU de certaines opérations déclarées d’intérêt syndical, notamment la Boucle locale haut débit, l’Enquête Ménage Déplacements et la télévision locale 185, projet abandonné depuis pour des questions de coûts.
La décennie 2010 : celle de la fusion ?
Un changement de paradigme a lieu en 2008 avec un profond renouvellement des élus et la brutale intrusion de la crise économique mondiale : la présidence tournante du SMAU voit se succéder par mandat de 2 ans Pierre MOSCOVICI, Jean-Michel VILLAUMÉ et Etienne BUTZBACH ; la perspective d’une fusion des agglomérations évoquée discrètement dès 2006, prend  corps à l’horizon 2020 ; la notion de Pôle métropolitain a de bonnes chances de s’imposer à plus court terme, avec éventuellement des partenariats plus larges vers l’ouest ; l’industrie est réaffirmée comme fil rouge du développement économique local, de nombreux chantiers (laboratoires de recherche, hôpital médian, ligne Belfort-Delle et 2ème tranche de la LGV,…) sont encore en cours pour poursuivre l’aventure collective commencée un demi-siècle plus tôt…
L’histoire continue !

Si un essaim de villes moyennes - Belfort, Montbéliard et ses soeurs (Audincourt, Valentigney, Hérimoncourt, Sochaux, etc), Héricourt ou encore Delle - ont émergé dans un étroit rayon de 15 km à l'extrême Nord-Est de la Franche-Comté, c’est que leur développement ont longtemps suivi des voies divergentes, avant de se synchroniser progressivement dans les dernières décennies. L’Histoire administrative tourmentée du Nord Franche-Comté est le reflet d’un territoire de transition qui hésite longtemps entre l’Alsace et la Franche-Comté, avant de s’auto-définir comme un nœud incontournable de l’axe Rhin-Rhône et un bassin industriel de premier ordre pour s’inventer un destin commun.

 

A voir également : les "Saviez-vous ? de l'Aire urbaine" avec de nombreuses anecdotes  historiques.

 

2 comtés distincts dès le Moyen-âge

Dès le Moyen-Age, le Nord Franche-Comté a tendance à s’organiser en 2 seigneuries distinctes autour du comté de Montbéliard et de celui de Ferrette (auquel appartient Belfort), parfois rassemblées par le jeu des alliances et des mariages. Mais il est clair que la Trouée de Belfort au sens géographique du terme (aussi appelée seuil d'Alsace) est une charnière mouvante où se rejoignent les espaces romands et germaniques, entre Bourgogne, Saint-Empire et Suisse naissante, entrainant conflits et redécoupages.

La situation politique se décante à l’époque moderne : 

Le Pays de Montbéliard devient une dépendance du Wurtemberg (duché du sud de l'Allemagne, autour de Stuttgart) via le mariage d’Henriette et d’Eberhard IV en 1407, et surtout adopte au XVIème siècle la Réforme (plus précisément le Luthéranisme de son Prince). Devenu une enclave en terre française au XVIIème siècle, il ne quitte le giron germanique que par paliers successifs au cours du XVIIIème siècle. 

Belfort viielle villeBelfort, restée catholique, avec une situation stratégique et militaire multiséculaire en plein milieu de la Trouée qui porte son nom, rejoint la France dès la fin de la Guerre de 30 ans (1618-1648).

Les 2 centres villes historiques ont gardé les traces de cette dissociation : à Montbéliard, le bourg commerçant déployant ses rues sinueuses au pied du Château des princes allemands (photo ci-dessus), entre les halles et le plus vieux temple de France (oeuvres de l'architecte de la renaissance allemande H. Schickardt) ; pour Belfort (photo gauche), la cathédrale et le cordeau de l’urbanisme militaire entourés par les fortifications Vauban et dominés par la citadelle. 

 

 

Un marqueur fort imprègne cependant le territoire dès le XVIIème siècle, à savoir son industrialisation précoce appuyée sur les ressources locales que sont la force hydraulique des cours d’eau pour les moulins, les minerais (argent, fer,…) et le bois de chauffe des forêts pour les forges. En témoignent de nombreux toponymes et le site des Forges de Grandvillars (photo ci-contre) en activité sans discontinuer depuis 1680. A la fin du XVIIIème, l’horlogerie constitue le point de départ des principales aventures industrielles locales (Japy puis Peugeot).

 

Les tâtonnements de la Révolution 

La Révolution française met un terme à l'existence de la principauté montbéliardaise (annexion sans heurts le 10 octobre 1793, qui n’est reconnue par le Prince de Wurtemberg qu’en 1797), mais peine à fixer les nouvelles limites administratives du Nord Franche-Comté, au carrefour des départements du Doubs, de la Haute-Saône, du Haut-Rhin et du Jura suisse rallié à la France.

Dès la fin 1793, le « district » de Montbéliard, divisé en 3 cantons, est d'abord rattaché à la Haute-Saône, de laquelle il est soustrait en 1797 pour être incorporé à l’éphémère département du Mont terrible centré autour de l’actuel Jura suisse jusqu’à Bienne. 

Le Mont Terrible est sitôt supprimé en 1800 et découpé en 2 arrondissements rattachés au Haut-Rhin - Montbéliard rejoignant ainsi pour la 1ère fois Belfort, chef-lieu d’un 3ème arrondissement de ce département ! 

Pour sa part, Héricourt, quoique très liée au Pays de Montbéliard, était incorporée à la Franche-Comté française dès 1680, ce qui lui vaut ensuite d’être rattachée directement à la Haute-Saône en 1790 - appartenance jamais remise en cause depuis.

La fin du cycle révolutionnaire en 1815 rebat une dernière fois les cartes : le Doubs récupère le Pays de Montbéliard, et la Suisse fixe définitivement ses frontières actuelles - Delle gagnant ainsi la particularité d'être une ville adossée à la frontière. En tout et pour tout, Montbéliard et Belfort auront donc été 15 ans dans un même ensemble départemental. 

Le jeu de composition et de recomposition, indécis pendant 25 ans, accouche finalement de frontières départementales très stables qui perdurent jusqu’à aujourd’hui, sans pour autant lever les doutes sur leur pertinence. Dans un sens comme dans l’autre, ces limites auraient aussi bien pu rassembler les cantons concernés plutôt que de les séparer en 3 tiers. 

Les 2 siècles suivants consisteront pour les 3 principales agglomérations du Nord Franche-Comté à tenter de recentrer leur territoire sur elles-mêmes plutôt que de s’accommoder de la position périphérique subie dans leurs départements respectifs. Des circonstances historiques dramatiques en donneront l’occasion à Belfort plus tôt qu'aux 2 autres. Mais cette volonté et cette nécessité de compter sur ses propres ressources relativement à l’écart des centres de décisions de la République constitueront, avec les caractéristiques industrielles déjà mentionnées, le ciment de l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt. 

 

Un département qui n’en n’a pas le nom

En 1871, l’arrondissement de Belfort doit à la résistance héroïque opposée aux troupes prussiennes d’échapper à l’annexion des 2 départements alsaciens. Un rattachement au Doubs ou à la Haute-Saône serait revenu à admettre symboliquement la perte définitive de l’Alsace-Lorraine. Le Territoire de Belfort, désigné comme « arrondissement subsistant du Haut-Rhin », est donc géré par un  « administrateur faisant fonction de Préfet » (la Préfecture est d’ailleurs inaugurée en 1902) et une « commission départementale » de 4 puis 9 membres faisant office de conseil général.

C’est l’époque où la grande industrie décolle, transformant la typologie urbaine, et permettant au Pays de Montbéliard, sous l’impulsion économique des familles Peugeot et Japy, de fusionner petit à petit les noyaux urbains distincts qui le composaient, notamment Montbéliard au nord, Audincourt au centre et Hérimoncourt au sud (voir cartes ci-dessous).

 

Carte : extension de la tache urbaine dans le pays de Montbéliard depuis 1835

 

De son côté, Belfort bénéficie de son prestige patriotique, incarné par le Lion de Bartholdi, et des capitaux alsaciens expatriés à l’image de la SACM (Société Alsacienne de Constructions Mécaniques), future Alst(h)om. A Héricourt, l’essor est assuré par les manufactures textiles qui représentent jusqu’à 2400 ouvriers dans la 1ère moitié du XXè siècle.

 

Schéma gauche : la ceinture fortifiée de la Trouée de Belfort (source : la Caponnière)

 

La présence militaire est très prégnante pour verrouiller la frontière toute proche : sous la houlette du Général Serré de Rivière, les hauteurs de Montbéliard, d’Héricourt et surtout de Belfort se hérissent d'une trentaine de forts et batteries d'artilleries… qui n’auront jamais l’heur de servir réellement, car la ligne de front est nettement plus à l’est en 1914-1918, et ils sont obsolètes à la veille de la 2nde guerre mondiale. 

 

Le Territoire de Belfort officialisé

Le retour de l’Alsace à l’issue de la 1ère guerre mondiale contraint à clarifier la situation du Territoire de Belfort qui obtient officiellement son statut de département le 11 mars 1922. A plusieurs reprises, avant et après la 2nde guerre mondiale, et jusqu’en 1982, est posée l’hypothèse d’une extension du département vers l’ouest, incluant tout le Nord Franche-Comté, et sont même évoqués les termes de « Montbelcourt », ou « Belmontcourt ». Toutes échouent. Cependant, les textes législatifs portant sur les Régions de 1960 et 1982 intègrent définitivement le Territoire de Belfort dans la Région Franche-Comté.

 

Les 1ères discussions

Ainsi, après la 2ème guerre mondiale, le Territoire de Belfort, le Pays de Montbéliard et l’Est de la Haute-Saône, convergent inéluctablement. Les dossiers communs comme les premiers impacts de la désindustrialisation et de la démilitarisation, ou la poursuite du désenclavement par les infrastructures de transport (A36, grand canal puis LGV), forgent une envie de travailler conjointement qui se manifeste dès les années 60 : en 1969 est par exemple créée entre élus l’Association d’Etudes pour l’Aménagement de l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard.

De son côté, l’Etat prend également conscience de l’entité Nord Franche-Comté et entreprend entre 1970 et 1975 la réalisation d’un Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU) qui englobe le cœur dense de l’Aire urbaine. Cette tentative achoppe sur un dépôt de missiles nucléaires à Bourogne, mais produit le 1er Livre Blanc de l’Aire urbaine (remis à jour en 2000 et 2007). Des projections, pourtant très prudemment introduites, prévoient 500 000 habitants dans l’Aire urbaine au début des années 2000…

Les discussions se prolongent néanmoins dans la 2ème moitié des années 70 avec la Commission Locale d’Aménagement et d’Urbanisme associant les élus et les services de l’Etat.

 

Carte : les périmètres successifs de l'Aire urbaine

 


Création de l’Aire urbaine : l’ère des "pères fondateurs"

La volonté collective portée par les élus locaux, parmi lesquels Jean-Pierre Chevènement, André Lang, Jean-Pierre Michel, Christian Proust et Guy Bêche (bien relayé par Louis Souvet après 1989), se concrétise en 1984 avec la Charte d’Héricourt et l’adhésion à l’Association Aire urbaine 2000 de 5 collectivités fondatrices : les Villes de Belfort, Montbéliard, et Héricourt, le District urbain du Pays de Montbéliard (devenu Pays de Montbéliard Agglomération) et le Conseil général du Territoire de Belfort.

Photo : signature de la Charte d'Héricourt en 1984

 

Le crédo de l’époque est : « Ensemble, nous pouvons plus que séparément ». L’association est une structure de coopération souple qui permet de porter les projets et les débats à une nouvelle échelle : l’Aire urbaine. 

De nombreux succès sont à mettre au crédit de l’association : obtention des crédits FEDER, éligibilité à la PAT (Prime d’Aménagement du Territoire), essor universitaire, LGV Rhin-Rhône et d’autres projets dont les noms ont été oubliés mais qui ont préparé les coopérations futures (Triade, Télédis, PACT, Atmosphère…). Sans cet espace de concertation, au rôle assumé de lobby, l’Aire urbaine aurait certainement connu un déclin fatal, à l’image de tant d’autres bassins industriels ou miniers en France.

 

L’émergence d’un bassin de vie et des « utopies concrètes »

Projection principalement politique et planificatrice au départ, l’Aire urbaine s’ancre dans la réalité quotidienne au tournant du millénaire. C’est là qu’apparaissent les projets qui lient fonctionnellement des acteurs qui ne sont plus uniquement des collectivités locales, tels le Centre Hospitalier Belfort-Montbéliard, l’Université de Technologie Belfort-Montbéliard, la Gare TGV, le Pôle de compétitivité Véhicule du futur, Numérica, Aire Urbaine Investissement, les éditions Aire urbaine de France Bleue et de la PQR, les associations d’envergure Aire urbaine…

 

 

 

Il devient aussi de plus en plus évident que les cycles économiques dans les 3 composantes territoriales sont corrélés, tandis que les habitants et les entreprises prennent l’habitude de profiter d’une offre territoriale élargie à l'ensemble du bassin de vie.  

 

Le Pays fait naitre l’Aire urbaine actuelle

En réponse aux besoins de plus en plus opérationnels qui se font jour et à la faveur de la loi LOADDT (1998) qui introduit la notion de "Pays", l'association évolue en 2002 vers une structure à statut public plus intégrée : le Syndicat mixte de l'Aire urbaine (SMAU) est né sous la présidence de Christian Proust puis de Yves Ackermann (2004 - 2009). Par la même occasion, le partenariat est élargi à 5 nouvelles collectivités (les Conseils généraux du Doubs et de la Haute-Saône, la Communauté de l'Agglomération Belfortaine, les communautés de Communes du Pays d'Héricourt et du Sud Territoire). Les contours officiels du territoire font l’objet de quelques ajustements, le secteur Rahin et Chérimont rejoignant finalement les Vosges Saonoises tandis que le secteur de Pont-de-Roide s’arrime à l’Aire urbaine. Ce périmètre n’a plus guère changé depuis.

L’évolution de la gouvernance vers une structure publique est un signal fort de l’émergence de l’Aire urbaine en tant qu’espace de projets. La Charte de Pays s’en est faite l’écho suite à une intense concertation rassemblant plus de 300 acteurs de toutes origines. D’autre part, l’élargissement du périmètre géographique d’intervention aux territoires périphériques a replacé l’approche publique des collectivités dans un cadre plus cohérent et plus global, ce que traduit la devise « une ambition partagée au service d’un territoire d’excellence ». Enfin, l’évolution vers une structure publique permet également le portage collectif sous maitrise d’ouvrage du SMAU de certaines opérations déclarées d’intérêt syndical, notamment la Boucle locale haut débit, l’Enquête Ménage Déplacements et la télévision locale 185, projet abandonné depuis pour des questions de coûts.

 

La décennie 2010 : celle de la fusion ?

Un changement de paradigme a lieu en 2008, renforcé en 2014, avec de profonds renouvellements des élus et la brutale intrusion de la crise économique mondiale : la présidence tournante du SMAU voit se succéder par mandat de 2 ans Pierre Moscovici, Jean-Michel Villaumé et Etienne Butzbach, puis en 2015, Eric Koeberlé prend le relai pour les nouvelles majorités municipales et départementales ; la notion de Pôle métropolitain s'impose au gré des évolutions législatives, avec éventuellement des partenariats plus larges vers l’ouest (Mulhouse) ; l’industrie est réaffirmée comme fil rouge du développement économique local, de nombreux chantiers (laboratoires de recherche, hôpital médian, ligne Belfort-Delle et 2ème tranche de la LGV,…) sont encore en cours pour poursuivre l’aventure collective commencée un demi-siècle plus tôt…

Enfin, le 2 septembre 2016 est acté la naissance du Pôle Métropolitain Nord Franche-Comté : l'histoire continue ! 

 

Photo : vue d'architecte de l'Hôpital médian
Article mis à jour le 30/09/2016

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