










Quand l’Aire urbaine représente un bassin démographique de plus de 300 000 habitants, la « République et Canton du Jura suisse » ne compte que 70 000 habitants dans un environnement plutôt rural. Pourtant, ce voisin a des atouts économiques à faire valoir et l’attractivité de ses emplois se fait ressentir jusque dans l’Aire urbaine.
Et ce phénomène risque d’être encore amplifié par les grandes infrastructures de communication en cours d’achèvement qui connecteront parfaitement le Jura suisse à l’espace central et aux 2 agglomérations de Belfort et Montbéliard : la ligne TER Belfort-Delle-Delémont reliera par exemple Belfort à Delémont en moins d’1h15 à l’horizon 2015. La problématique de la mobilité transfrontalière en sera alors complètement renouvelée.
De fait, de nombreux « Airurbains » travaillent déjà en Suisse : l’INSEE évalue à environ 4 250 ces résidents de l’Aire urbaine qui effectuent des migrations pendulaires de part et d’autre de la frontière et occupent un poste en Suisse. Ils viennent à part égale du Territoire de Belfort et de la partie Doubs de l’Aire urbaine. De plus, ce contingent est en forte augmentation depuis 1999 avec près de 1 000 transfrontaliers supplémentaires.
A l’inverse, le nombre de Suisses venant travailler en France est négligeable. Sans doute le différentiel de salaire estimé à environ 50 % en faveur de la Suisse n’y est-il pas indifférent…
Le bataillon des transfrontaliers de l’Aire urbaine peut être relativisé en comparaison avec d’autres régions frontalières franco-suisses. En effet, la part des actifs transfrontaliers culmine à 22,9 % de l’ensemble des actifs dans la zone d’emploi de Pontarlier, et même jusqu’à 45,9 % dans celle de Saint-Louis, quand elle s’élève à respectivement 4,5 % et 2,8 % dans les zones d’emploi de Belfort et de Montbéliard.
Mais à l’échelle du Jura suisse et de ses 37 000 emplois, les travailleurs français représentent une part massive de la main-d’œuvre et se révèlent indispensables au bon fonctionnement de l’économie du Canton : en effet, d’après une étude de l’administration helvète, près de 10 % des emplois du Jura suisse sont occupés par des transfrontaliers français majoritairement issus de l’Aire urbaine. De son côté, l’industrie jurassienne est complètement dépendante de ce renfort étranger : les ouvriers français investissent plus d’un tiers des postes disponibles.
En dehors des salaires, l’attractivité du marché du travail suisse s’explique par le dynamisme renouvelé de son industrie. Le Canton du Jura a réussi jusqu’à présent à conserver et développer des secteurs de pointe comme l'horlogerie, la microtechnique et l'automation. Autant d’activités qui exigent des ouvriers et employés (plutôt que de cadres) dotés d’un haut niveau de qualification dont l’Aire urbaine dispose en partie.
L’installation d’une entreprise comme le géant de l’horlogerie Swatch à Boncourt promet ainsi de créer un appel d’air important des 2 côtés de la frontière… qui a tendance à s’estomper. Parallèlement, les difficultés des entreprises industrielles de l’Aire urbaine (notamment dans la sous-traitance automobile du Pays de Montbéliard et du Sud Territoire) incitent les Français à chercher un débouché professionnel porteur chez le voisin immédiat.
En conclusion, le Jura suisse participe pleinement à l’équilibre du marché de l’emploi de l’Aire urbaine, absorbant de nombreux actifs français qui auraient sans doute des difficultés à se faire embaucher en France.
Dans tous les cas, cette interdépendance Aire urbaine / Jura Suisse gagnerait à être mieux étudiée. Il serait par exemple utile d’affiner encore l’étude de l’INSEE sur les transfrontaliers pour observer l’impact du phénomène au niveau Aire urbaine, voire intercommunal (le Sud Territoire, par exemple, est sans doute le plus fortement concerné) : trajectoires professionnelles des transfrontaliers, niveau de vie, mobilité (22-23 km en moyenne pour l’Aire urbaine) protection sociale, notamment en cas de licenciement…
L’Aire urbaine et la Suisse ont en effet tout à gagner à mieux se connaître.
Pour en savoir plus : INSEE Première n°1337 : Vivre en deçà de la frontière, travailler au-delà (février 2011). Lien vers l'étude.
Article publié le 28/03/2011