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Christophe Cousin

Conservateur des musées de Belfort et fervent admirateur de Maurice Jardot, Christophe Cousin assure la pérennité de toutes les œuvres inestimables des plus grands artistes du mouvement cubiste, exposées à la donation Jardot. Sensibiliser le public à l’art contemporain tel est l’enjeu de ce passionné…

Atmosphère : Quelle est la vocation de la donation Jardot?

Christophe Cousin : Créée en 1997, la donation aspire à rendre compte du goût d’un amateur d’art pendant la première moitié du XXe siècle. Maurice Jardot n’était pas un collectionneur mais un homme qui fonctionnait au coup de cœur, d’une très grande sensibilité artistique. C’est un des rares hommes que j’ai vu avoir les larmes aux yeux devant une toile de Fernand Léger. En donnant sa collection à Belfort, il voulait rendre hommage à sa région d’origine, témoigner de l’activité du marchand d’art qu’était Daniel-Henri Kahnweiler et faire partager ses goûts personnels. Maurice Jardot souhaitait que l’intégralité de la collection soit indissociable. Nous avons respecté cette volonté puisque près des 140 œuvres sont exposées en quasi-permanence.

A : Véritable trésor artistique, le musée souffre-t-il d’une certaine appréhension du public vis-à-vis de l’art contemporain ?

C. C. : Cette collection est très sollicitée par les amateurs et par beaucoup de musées en France et en Europe mais elle peut paraître difficilement perceptible aux non-initiés. Je mesure la perplexité d’un public qui découvre ces œuvres. Franchir le pas d’un musée apporte déjà une certaine appréhension, on s’imagine un lieu très feutré et silencieux. De plus, le cubisme est un mouvement quelque peu intellectuel où les artistes raisonnent de manière à aboutir à une volonté plastique, géométrique et philosophique, qui a pu paraître à une certaine époque  dérangeante. Les œuvres frôlent « l’abstraction ». C’est une collection qui a besoin d’être accompagnée. Il faut que le public bénéficie de toutes les clefs afin d’apprécier les œuvres. Des documents sont à disposition, les visites peuvent être commentées à la demande et nous avons pris des mesures afin de favoriser la lecture aux visiteurs par la mise à disposition gratuite d’audioguides.

A : Quels sont les projets pour la fin de l’année et pour 2005 ?

C. C. : La prochaine saison sera riche en événements. Tout d’abord, en septembre le Musée National d’Art Moderne du Centre Georges Pompidou à Paris accepte de nous mettre en dépôt une sculpture d’Henri Laurens, « Stella », qui sera exposée à l’extérieur de la donation. Une exposition de 12 œuvres sera présentée à la maison de la Franche-Comté à Paris du 13 septembre au 23 octobre. Le 1er octobre, une soirée musicale sera organisée à la donation en partenariat avec la FNAC. En 2005, Braque sera à l’honneur. Plusieurs conférences sur la période et sur l’artiste sont déjà programmées. Une exposition de livres précieux est prévue du 16 avril au 29 juillet 2005. Ces derniers ont été donnés par Maurice Jardot au Musée de Villeneuve d’Ascq, qui accepte de nous les mettre à disposition pour la durée de l’exposition.Certaines œuvres sont des pièces de collection, des recueils de poésie, des nouvelles, écrites par de grands auteurs du XXe, tels que Malraux, Cendrars… Enfin en juin 2005, pour les 50 ans de la Chapelle de Ronchamp, nous organiserons une grande exposition sur Le Corbusier, qui s’intitulera « Du rayonnement spirituel au service du sacré ». Elle va s’articuler autour de projets et de réalisations sur l’architecture sacrée. Nous y découvrirons des maquettes, des dessins, des esquisses sur la Chapelle de Ronchamp, sur le couvent de la Tourette, l’église de Firminy, que ses élèves achèvent et également des projets non réalisés comme l’église souterraine de la Sainte Baume ou encore l’église de Bologne. Elle aura lieu à la Tour 46 durant l’été 2005.


A : Quels sont vos partenaires ?

C. C. : Sur le plan pédagogique, nous travaillons avec l’Education Nationale, qui a détaché un enseignant d’art plastique de Belfort et qui propose différents projets à ses élèves sur l’art moderne. Il assure aussi des visites guidées des lieux. Concernant les partenaires culturels, la donation Jardot est très bien représentée à l’occasion d’expositions temporaires dans plusieurs villes de France et d’Europe. Nous avons actuellement un dessin de G. Braque au musée d’Ales, deux dessins de F. Léger au Danemark au musée d’Arken, trois oeuvres de Laurens à Barcelone à la Fondation Miro, nous travaillons également en collaboration avec le musée de Villeneuve d’Ascq (ce que souhaitait Maurice Jardot) évidemment, le musée Picasso à Paris, le musée F. Léger à Biot et la galerie Leiris à Paris.  

A : La Donation Jardot a-t-elle trouvé sa place dans l’Aire Urbaine ?

C. C. : La donation s’est forgée une place dans l’Aire urbaine et trouve sa justification au sein d’un ensemble de réalisations fondamentales de la région, La Chapelle de Ronchamp, (mais aussi l’Usine Duval à Saint-Dié ainsi que l’écluse de Kembs) réalisées par Le Corbusier ou encore les vitraux de Fernand Léger à l’église du Sacré Cœur d’Audincourt. Elle trouve son prolongement, dans la proximité des grandes institutions bâloises telle la fondation Beyeler, le musée des Beaux-Arts de La Chaux de Fond ou le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. C’est un maillon, un lieu incontournable. Ce microcosme belfortain fait partie d’un grand pôle d’une renommée considérable. 

A : Comment voyez-vous l’avenir de la donation ?

C. C. : La fréquentation de la Donation reste stable et peut paraître satisfaisante. Nous touchons un plus grand nombre de publics grâce aux scolaires, aux universitaires, aux associations… Les manifestations extérieures vont se développer et les actions autour de la musique, de la poésie et de la littérature se multiplient. Je suis serein quant à l’avenir de cette collection, qui bénéficie chaque année de retombées médiatiques importantes, susceptibles de favoriser sa renommée.


Pratik

Donation Maurice Jardot
8 rue de Mulhouse
90000 Belfort
Tél. : 03 84 90 40 70

(Propos recueillis en juin 2004)

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